Compte-rendu du débat sur les nanotechnologies à Toulouse (2ème partie)

note : la première partie de ce billet est ici

Seconde partie du compte-rendu du débat. Vous trouverez également sur le site de la Commission particulière du débat public sur les nanotechnologies une note de synthèse.

Après le retour des gens dans la salle vers 20h, la soirée s’est alors décomposée en 2 parties : une première partie légèrement houleuse consacrée à la nanomédecine puis une seconde partie qui se transforma plus en réunion d’information consacrée aux risques sanitaires et environnementaux. Toulouse oblige, une session consacrée aux applications des nanotechnologies à l’aéronautique devait s’intercaler entre les deux précédentes. Faute de temps, elle fut supprimée et deux trois intervenants purent s’exprimer à la fin de la soirée sur ce sujet.

Jean Bergougnoux, président de la Commission particulière du débat public sur les nanotechnologies condamna d’abord le jet de la bouteille d’ammoniac puis expliqua les objectifs du débat : apporter de l’information aux citoyens, recueillir leurs avis, réactions, questions… puis en rendre compte.

La session nanomédecine

Cette table ronde regroupa Claudine Picard  de Sanofi-Aventis, Pierre Teillac, directeur de la R&D du groupe pharmaceutique  Pierre Fabre, Rose Frayssinet  de l’association écologiste Les Amis de la Terre, Didier Rod  de la revue Prescrire et ancien député vert européen, Christophe Vieu, chercheur au laboratoire du Laas et Dominique Masset de l’AFSSAPS, l’agence française de la sécurité sanitaire des médicaments.

La table ronde commença par une présentation par les différents intervenants des progrès que l’on pourrait attendre des nanotechnologies appliquées aux médicaments : des traitements plus efficaces, avec moins d’effets secondaires, des diagnostics plus précis et plus précoces…

A côté de moi, certains chercheurs ont tiqué sur une tel exposé qui présentait comme une révolution  et regroupait sous le terme nanotechnologie des travaux quotidiens et de longues haleines de disciplines qui pour l’œil averti  sont bien distinctes et ont existé bien avant l’avènement du terme nanotechnologie : protéonomique, génomique, vectorisation … Personnellement cet angle m’a également un peu gêné mais factuellement, mis à part l’hypothèse d’une nanocaméra pour parler vraisemblablement de capsule endoscopique, il n’y avait rien à redire.

Un chercheur et citoyen

Ces interventions furent toutefois interrompues à plusieurs reprises par des protestations de certaines personnes dans la salle qui tenaient à réagir. Isabelle Jarry animatrice du débat leur assura qu’ils auraient la parole après. La tension retomba un peu avec l’intervention de Christophe Vieu, qui se présenta comme chercheur et citoyen. J’ai l’impression que cette présentation décontenança probablement une bonne partie de l’assemblée qui applaudit à la fin son intervention. Christophe Vieu expliqua qu’en tant que chercheur il travaillait sur un système de diagnostique plus efficace et plus précoce. Un tel système permettrait de détecter plus tôt certaines maladies et donc d’avoir de meilleures chances de les traiter. Cependant, en tant que citoyen, si il approuvait l’usage pour ce but, il s’interrogeait sur les dérives potentielles d’un tel dispositif pour traquer des pathologie sur des porteurs sains. Pierre Teillac a ainsi donné l’exemple aux Etats-Unis de la détection de marqueurs biologiques précurseurs de cancers du sein qui ont conduit à l’ablation de seins en prévention.

Les nanotechnologies  ne sont qu’un outil : c’est leurs usages qu’il faut réguler

Les intervenants ayant pris la parole s’accordèrent donc sur la position suivante : les nanotechnologies  ne sont qu’un outil, c’est leurs usages qu’il faut réguler au cas par cas. Cette unanimité fut cependant  brisée  par Rose Frayssinet des amis de la Terre. Son propos fut soutenu par une vague d’émotion à la mention de la catastrophe d’AZF dont on a cru comprendre qu’elle avait été personnellement touchée. Pour les Amis de la Terre, la nanomédecine est le cheval de Troie des nanotechnologies chargée de faire avaler la pilule des autres applications. Les Amis de la Terre s’oppose à une fragmentation du débat et veulent prendre le problème dans son ensemble. Ils soutiennent également un moratoire sur à la fois les applications des nanotechnologies mais également sur la recherche en laboratoire. Ce tout dernier point fut contesté par les autres intervenants. Plus tard dans la soirée, l’association écologiste France Nature Environnement exprimera elle aussi sa position : laisser faire la recherche en laboratoire mais un moratoire sur l’utilisation des nanotechnologies pour les produits destinés au grand public.

“Questions” dans la salle de “simples citoyens”

Vint alors le tour des questions dans la salle. Et l’on s’aperçoit que finalement les personnes présentes s’en fichaient un peu de la nanomédecine. Peu d’interventions concernant ce sujet. J’ai l’impression que les inquiétude concernant les dérives de ce sujet précis étaient majoritairement portées par les intervenants sur scène.

Car beaucoup de personnes n’étaient pas venu poser des questions ou débattre des nano médicaments mais exprimer leurs (op)positions et ont donc éclaté la structure du débat imposé. Leur investissement sur le sujet était palpable. J’en ai trouvé pas mal à fleur de peau. Se présentant presque systématiquement comme de « simple citoyens », ils ont dénoncé la légitimité du débat, la mainmise des industriels sur la recherche et  les risques en général que posent les nanotechnologies. On trouvera par exemple ici  le point de vue d’une de ces personnes.

La discussion partit donc un peu dans tout les sens (sauf celui de la nanomédecine). Parmi toutes ces intervention, on notera entre autre une mise en cause directe de Jean Bourguignoux quant à l’équité du débat. Celui-ci répliqua lui aussi avec émotion, visiblement touché par cette attaque. Citons également une intervention de Pierre Teillac qui réagit à une interpellation dans la salle en affirmant “être fier” de travailler sur la nanomédecine.

Rapidement les risques liés à la santé et à l’environnement furent évoqués. Ce qui expliqua que la troisième table ronde consacrée  à cette question fut avancée et débuta à 21h30.

La session “cycle de vie et risques sanitaires”

Celle-ci fut plus consensuelle. Il n’y avait plus d’industriels a haranguer et les personnes qui avaient fortement exprimé leur désaccord étaient pour la plupart déjà parties. Du coup, il y eut aussi moins de questions.

Etaient présents, José Cambou de l’association écologiste France Nature Environnement, Frédéric Schuster du CEA qui participe au programme européen Nanosafe chargé d’évaluer les risques liés aux nanoparticules, Pascal Guiraud de l’Observatoire des déchets industriels de Midi-Pyrénées, Catherine Mir du ministère de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de la Mer et de la direction générale  de la prévention des risques.

Tous ont dénoncé ainsi les risques liés à la santé, la question du traitement des déchets, le problème de  l’emballement des industriels pour les nanotechnologies sans prendre de précaution et le manque d’étiquetage des produits contenant des nanoparticules. Les intervenants furent ainsi salués et une personne dans la salle les remercia même pour leur « sincérité ». De cette table ronde, le message qui en est  ressorti est donc  le peu d’études à disposition, le manque de moyens pour les mener à bien, des précautions pour les travailleurs peu suffisantes et globalement un manque de sensibilisation des industriels sur toutes ces questions. Dans cette session de bonne tenue, quelques questions m’ont paru tout de même assez  surprenantes : l’une sur le bilan carbone des recherches sur les nanotechnologies, l’autre établissant un parallèle entre le traitement des déchets radioactifs et des déchets liés aux nanoparticules. Toutes deux touchent du doigt quelque chose d’extrêmement intéressant  : de vraies préoccupations importantes mais mal exprimées faute d’un bagage  scientifique suffisant pour structurer une telle pensée. Je développerai cette remarque de manière plus poussée dans le prochain billet pour en gommer l’aspect trollesque et condescendant.

Chercheurs et industriels sur la sellette

Des chercheurs dans la salle prirent également la parole pour contester la vision régulièrement développée au cours de la soirée de chercheurs assujettis à l’industrie. D’ailleurs pour le prouver, ils portaient tous des pull-overs en laine. Ils expliquèrent concrètement leur recherche.  Lorsqu’ils allaient dans le sens du public en expliquant des dangers potentiels, ils furent applaudis, lorsqu’ils répondirent sur certains points pour affirmer que certaines craintes exprimées n’étaient pas fondées, ils furent contestés. Enfin, Jean Marc Thomas, président  d’Airbus qui devait intervenir sur la session consacrée à l’aéronautique a  défendu la position de son entreprise : contrairement à ce qui a été sous-entendu, l’avionneur fait attention à la santé de ses travailleurs et à l’environnement. Au vue du cycle industriel  de fabrication d’un avion , il faudrait au moins 20 ans pour que des nanotechnologies soient éventuellement incorporés dans des avions. La réflexion est en cours mais aucun projet n’est lancé car les risques sanitaires sont préoccupants.

La soirée s’est alors achevée vers 23h15 par un exposé sur la brouette moléculaire dont je vous avais déjà un peu parlé, réalisation du laboratoire toulousain du CEMES. Mais la salle se vidait déjà pendant la présentation de ces travaux…

Dans la troisième et dernière partie de ce compte-rendu, je m’interrogerai plus en détail sur l’utilité et les limites d’un tel débat.

2 réponses vers «Compte-rendu du débat sur les nanotechnologies à Toulouse (2ème partie)»

  1. A.M. dit :

    Ben merci pour ce résumé, je sens que je vais me marrer demain soir… même si l’Auvergne est sans doute un peu moins sanguine. Enfin, j’espère !

  2. Duncan dit :

    Niveau sanguin vous avez quand même Valérie Giscard d’Estaing.

    Et Michelin à Clermont-Ferrand, premier producteur français avec l’Oréal de nanoparticules (des nanoparticules de silice pour renforcer la solidité des pneus )

    N’hésitez pas à revenir nous faire part de vos impressions.

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