Pour en finir avec les nanorobots

Disons le tout net, les nanorobots, ça n’existe pas.

Répétons le encore : les nanorobots, ça n’existe pas

Lorsque dans la vraie vie mon identité secrète de blogueur est découverte et que j’explique que je suis à peu près dans le domaine des nanotechnologies, on me pose invariablement cette question : et les nanorobots ? Ce à quoi je réponds : les nanorobots, ça n’existe pas. Mais c’est bien la preuve que cette angoisse est bien réelle pour le citoyen peu averti alors que cette menace n’est qu’un fantasme.

Qu’appelle-t-on nanorobot ?

Le nanorobot est un concept de science-fiction. Oui oui bien de science-fiction. Il appartient à l’imaginaire. Comme son nom l’indique, il s’agirait d’un robot de taille nanoscopique. Comme les chasseurs, il y a les bons et les mauvais nanorobots.

Les gentils nanorobots pourraient servir comme robots chirurgien ou pour soigner des maladies. C’est un peu l’idée que l’on retrouve dans le film le voyage fantastique, l’histoire d’un sous marin miniature qui pénètre dans le corps pour soigner un diplomate ayant subi une tentative d’assassinat. Les méchants nanorobots eux pourraient s’infiltrer partout et tuer insidieusement. Ils seraient utilisé pour l’espionnage ou en tant qu’armes de destruction. Plus fort que le polonium ! Bien souvent d’ailleurs, les gentils nanorobots ne seraient qu’un faux nez pour permettre de financer et de préparer bien tranquillement les méchants nanorobots. Heureusement Mulder et Scully veillent. C’est d’ailleurs le point de départ de la Proie Michael Crichton qui met en scène des gentils nanorobots qui échappent à leurs créateurs et deviennent des méchants nanorobots.

A ce stade de ce billet il est donc important de souligner une chose : les nanorobots, ça n’existe pas.

Une impossibilité technique

Car qu’en est-il dans la réalité des laboratoires ? (en dehors de celui du docteur No ou de la zone 51  ).

Et bien les nanorobots ne sont pas à l’ordre du jour. Ils ne sont même pas dans les roadmaps qui essayent d’envisager la recherche sur plusieurs décennies. Car fabriquer un nanorobot nécessiterait des compétences techniques hors de portée.

Résumons. Pour construire un nanorobot tel que l’imaginaire le perçoit c’est à dire un robot miniature il faut :

  • un système de propulsion
  • des capteurs
  • un système de traitement de données pour que le nanorobot puisse recevoir des informations du milieu extérieur et réagir en conséquence
  • un système d’alimentation

Etape ultime, une fois que l’on dispose de ces éléments qui fonctionnent séparemment, il faut bien sûr pouvoir assembler tout ces éléments et qu’en plus l’assemblage arrive à résister aux agressions extérieures. Et ceci est encore plus compliqué que les étapes précédentes.

Et bien rien que fabriquer ces constituants élémentaire est une tâche inenvisageable avant de très très longues années (si cela est possible un jour) : un système de traitement de données est inimaginable à l’heure actuelle, la question de l’alimentation est balbutiante.

Pour le système de propulsion, on pourrait renvoyer à cet exemple de “brouette moléculaire” ou celui ci d’imitation de la flagelle d’une bactérie : un très grand travail scientifique mais de là à annoncer un nouveau moteur il y a un pas car d’immenses difficultés subsistent (quand je dis immense cela se chiffre en nombre de thèse à faire travailler dessus )

Un concept discutable et une utilité à démontrer

Surtout, il est illusoire de vouloir transposer de tels concepts au niveau « nano ». Quand on pense nanorobot on pense à des petites bestioles, le plus souvent en métal.
Mais si on le prend le concept au pied de la lettre, un lymphocyte par exemple est déjà un nanorobot qui soigne. On le voit bien que ce concept même, chargé d’imaginaire,  est impropre pour caractériser les recherches qui se font actuellement en laboratoire. Les liens que je donne régulièrement sur mon compte twitter visible à droite donne une approche plus juste de ce qui se fait vraiment.

Dans le domaine du médicament, nul besoin de nanorobots téléguidés. Ce qui se développe en ce moment est plus frustre mais constitue  la pointe de le recherche. On peut citer par exemple  le cas de nanoparticules fonctionnalisées, particules de taille nanométrique contenant des médicaments ou d’autres substances sur lesquelles sont greffés des marqueurs biologiques. Les particules  peuvent ainsi cibler spécifiquement certaines cellules et apporter les traitements au plus près. (un billet est prévu prochainement sur ces recherches passionnantes)

Mais alors les nanorobots; ça existe ?

Vous l’avez compris les nanorobots ça n’existe pas en dehors du cadre de la science-fiction et surtout ce n’est pas près d’exister.

Qu’il soient utilisés dans des oeuvres de l’imaginaire parfait, je suis fan. Par contre cela devient gênant lorsqu’ils interviennent dans un débat sérieux. Comme cette conclusion de l’ article du monde ou dans cette émission de Jean-Pierre Elkabach. (à partir de la minute 47 avec notamment des nano-libellules de 150 g (sic) )

Le débat sur les nanotechnologies est déjà assez complexe, avec des notions techniques poussées pour la plupart des gens, des questions toxicologiques, éthiques, philosophiques, sociales sont en jeux. Il n’est nul besoin de faire intervenir la machine à fantasme pour brouiller les pistes.

Ah au fait vous l’ai-je dit ? Les nanorobots, ca n’existe pas.

6 réponses vers «Pour en finir avec les nanorobots»

  1. Twitted by raffa_gm dit :

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  2. Twitted by AymericPontier dit :

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  3. Twitted by un_swissroll dit :

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  4. Zeb dit :

    Merci pour ces clarifications indispensables (qui devraient être des évidences pour tout scientifique qui se respecte).
    Malheureusement, le débat sur les nanotechnologies n’a aucune chance d’aboutir pour une raison très simple, particulièrement visible dans l’émission de J.P. Elkabach que vous citez : qusiment toute la population et, plus grave, quasiment tous les politiques et les journalistes ont une culture scientifique proche du néant.
    Il y a beaucoup de raisons de souhaiter l’avènement de ces technologies et beaucoup de raisons de s’en méfier, mais seule une analyse rigoureuse de leurs apports et de leurs impacts, au cas par cas, pourra permettre de décider.
    Avec les politiques et les journalistes que nous avons, le risque est d’obtenir l’interdiction de tous les moyens de transports motorisés parce que quelqu’un s’est tué en voiture ce matin ;-)

  5. Nemo dit :

    Si j’ai bien compris, les nanorobots, cela existe ?

    Ca n’est juste pas ce que l’on croit. Qu’est-ce qu’un robot ? D’après ce que je sais, la question – comme beaucoup de questions de lexique – est quasi insoluble. Une définition qui me semble à la fois juste et fonctionnelle, serait cella d’”agent artificiel autonome” ; une construction humaine dotée d’un but et, dans une certaine mesure, des moyens pour accomplir ce but. Et encore, l’autonomie est souvent mise en question ; de même, certains insistent sur le caractère reprogramable du robot, sa polyvalence.
    Une bactérie artifielle ne pourrait-elle donc pas elle-même être qualifiée de nanorobot ? Elle dispose d’un but, d’une autonomie relative, et découle d’un concept humain. Après, pour certains, le robot doit disposer d’une alimentation de nature électrique ; pour d’autres, il doit disposer de moyens de perception et d’analyse de son environnement : mais je demanderais en quoi consiste réellement ce duo perception / analyse chez un robot (d’ailleurs, peut-on tout simplement parler de perception sans conscience ?) Pour d’autre, la forme du robot sera anthropomorphique.

    Il me semble qu’à la base, l’idée de robot sous-entendait celle de substitution – un robot androïde étant un humain de substitution. Faut-il la garder lorsque l’on parle de nanorobot ?

    Quoi qu’il en soit, il est clair que l’idée de robot “tel que l’imaginaire le perçoit”, en métal blanc, avec ses petits bips et son antenne pleine d’humour, n’est pas vraiment adaptée aux nanotechnologies. Faut-il pour autant écarter le mot et le concept qu’il désigne ? Quand bien même – ne faudrait-il pas plutôt en préciser la définition ? Tout comme la nanobrouette est un nano-outils, certains nano-objets ne méritent-ils pas de figurer dans notre nanolexique comme étant des nanorobots ? Faut-il d’ailleurs trouver un moyen de désigner ces nano-créations, autre que d’y mettre un préfixe qui désigne des dimensions au fond relativement variées ?

    Pour ce qui est de la “culture scientifique proche du néant” que Zeb déplore, elle ne concerne pas que les nanotechnologies. Mais qu’y faire ? Même une grande curiosité suffit rarement à combler cette lacune, tant ces domaines sont complexes – et surtout tant ces domaines mystérieux sont nombreux. C’est pour cela qu’il appartient aux scientifiques de se sacrifier parfois et de devenir vulgarisateurs ; c’est à eux qu’il incombe de repousser certains discours farfelus de certains amateurs de complot et autres conspirations militaro-scientifico-despotiques.

  6. Duncan dit :

    Comme vous le dite, la question est quasi insoluble et en fait totalement arbitraire. Suivant ce que vous mettez derrière la définition de votre nano-robot, vous pourrez y faire rentrer tout et n’importe quoi. Si on suit par exemple votre définition, une molécule à usage pharmaceutique peut aussi devenir un nanorobot : une molécule fabriquée par l’homme conçue pour soigner, qui va se balader librement dans notre corps et intéragir chimiquement par le biais de sa structure électronique.
    Le concept est si large qu’il ne devient donc d’aucune utilité pour nommer les choses. A quoi cela sert-il de renommer votre bactérie artificielle, nanorobot puisqu’un concept existe déjà pour la désigner ?

    Finalement vous avez un nom sur les bras sans rien derrière et vous souhaitez savoir à quoi il correspond alors que normalement,le nom émerge des choses à classifier. Il faudrait d’abord élaborer un concept, un contours, des lois ou des règles le régissant et dans ce cas là si il est pertinent et présente une utilité pour décrire mieux le monde qui nous entoure, l’appliquer à divers objets.

    Le problème c’est qu’en réutilisant le terme de nanorobot pour élaborer un nouveau concept, vu qu’il est justement chargé de toutes les imprécisions et d’un imaginaire florissant, le risque est que chacun croit parler de la même chose alors que chacun l’interprète à sa sauce.

    Concernant justement cette « nanobrouette », ce terme a été forgé pour être plus parlant au près du grand public. Plus prosaïquement, il s’agit d’une molécule à laquelle on arrive à imprimer un mouvement de rotation sous une pointe d’un microscope à effet tunnel. La force de ces travaux c’est que placé sur une surface au préalable préparée, ce mouvement de rotation se transforme en mouvement de translation, ce qui n’avait jamais été fait auparavant et démontre une maîtrise remarquable. Cependant la comparaison avec la brouette s’arrête là. On ne pourrait par exemple pas se servir de cette molécule pour transporter quoi que ce soit dessus. En ce sens,la qualification de nano outil que vous employez ne me semble pas adéquate.

    Vous avez de toute façon raison de souligner cette problématique de nomenclature. Sous le terme de nanotechnologies, viennent se retrouver un peu au forceps des disciplines et des concepts éparses qui vivaient très bien avant. C’est pourquoi peu de chercheurs se réclament des « nanosciences » à part pour communiquer vers l’extérieur. Ils font de leur côté de la biologie moléculaire, de la chimie théorique, des agrégats, de la vectorisation, de la protéomique, des couches minces, élaborent des médicaments, des capteurs, des matériaux …

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